Ce grand fleuve que les étés alanguissent au point qu'il se perd dans un lit de sable trop vaste, que les hivers bousculent de crues et de décrues incessantes, ce fleuve au long cours qui, du Massif central aux embruns de l'Atlantique, creuse inexorablement son sillon, est aujourd'hui encore le dernier fleuve sauvage d'Europe. Ce grand fleuve, qui a façonné ses rives comme un jardin, a fait de sa vallée la vallée des rois et reines, la vallée de la douceur de vivre, où le ciel est tendre et les lumières évanescentes, la vallée du parler juste, du bien manger et des châteaux. Ce grand fleuve ne pouvait être qu'un fleuve à vignes.
Le Val de Loire est l'une des plus belles vallées viticoles de France, et nous sommes convaincus que ces merveilleux vins qui y sont produits sont une partie intégrante de notre culture. En fait, pourquoi ne pas multiplier les plaisirs en goûtant les vins du Val de Loire en admirant ses châteaux ?
De Saint-Pourçain à Saint-Nazaire, les AOC, les VDQS, les vins de pays ne se comptent plus. 80 000 ha de vignes se partagent l'honneur d'appartenir, de près ou de loin, à la Loire et à ses affluents. Jamais tant de vins ne se sont côtoyés avec autant de bonheur, des grands crus aux vins sans grande origine, des vins qui pétillent de talent, des vins au moelleux si délicat, des vins aux parfums de fraise, de framboise ou de groseille, des vins à l'éclat du rubis, des vins qui vous éclatent au palais comme une pierre à fusil. La Loire viticole se redécouvre sans cesse, mais, quel paradoxe, ses vignobles sont invisibles Il faut savoir musarder, se perdre sur les chemins de traverse, quitter les routes qui suivent sagement le fleuve sur ses "levées" pour surprendre, au hasard des coteaux et des vallons, quelques arpents de vignes qui, de Nevers à Nantes, font la diversité et la richesse de ses vins.
La Loire a déjà accompli la moitié de son cours lorsqu'elle rencontre ses premières appellations, celles du centre de la France, les prestigieux vignobles de Pouilly et de Sancerre qui, de leurs collines nivernaises, descendent vers ses rives en pente douce. Au passage, c'était si près, elle s'est adjoint les vignobles du Berry, ceux de Reuilly et de Quincy. À Orléans, elle effleure le Bassin parisien avec deux VDQS, les Coteaux du Giennois et les vins de l'Orléanais et, plus au sud, entre Cher et Loire, elle s'approprie l'AOC Menetou-Salon. Puis la Loire pénètre en Touraine et en Anjou, suivant une éblouissante carte des vins : Montlouis, Vouvray, Chinon, Bourgueil, Saint-Nicolas-de-Bourgueil. Est-ce pour se mettre l'eau à la bouche qu'elle nous offre le Saumur-Champigny après s'être renforcée du Cher, de l'Indre et de la Vienne et avant d'aborder les vins du Layon et de l'Aubance Bonnezeaux, Quarts de Chaume et tant d'autres? Notre voyage s'achève lorsque, au pays des Muscadet, elle se coule dans son embouchure pour goûter enfin à cet océan qui l'avale d'un coup de langue amère.
LES ANGLAIS, PUIS LES HOLLANDAIS...
La vigne est apparue sur les bords de la Loire il y a 5 500 ans, après la dernière glaciation. Rien ne prouve pourtant qu'elle était cultivée avant la conquête romaine. Son véritable essor est l'oeuvre des premières abbayes qui vinifiaient pour des besoins liturgiques et médicinaux. Selon les légendes, elle serait due à saint Martin, fondateur de l'abbaye de Marmoutier et évêque de Tours. Il vécut vers 380, et la vigne lui doit ses plus belles histoires. L'une d'entre elles raconte comment saint Martin, revenant d'un lointain voyage en Pannonie, ramena sur les bords de la Loire le premier plant de chenin. Pour le voyage, il le protégea dans un os d'oiseau mais, constatant que le cep avait grossi, il le plaça dans un os de chien; celui-ci ayant encore pris de l'ampleur, il le mit alors dans un os de lion. Et c'est ainsi que, depuis, l'on chante comme un oiseau à la première pinte pour aboyer à la seconde et rugir à la troisième. Ou cette autre histoire qui relate comment saint Martin, non seulement apôtre de la foi, aidait aussi les vignerons à développer leur culture. Arrivant un beau jour dans ses vignobles d'Anjou, il laissa son âne attaché à un cep de vigne. À son retour, l'âne avait brouté la vigne jusqu'au tronc. L'année suivante, ce même pied donna au centuple. La taille venait de naître, et c'est ainsi que depuis, en son honneur, plus d'un âne s'appelle Martin.
La Loire, dont le trafic fluvial dépassait celui de la Seine, fut sillonnée par les gabares et les chalands à voile jusqu'à l'aube du Xème siècle. Elle joua un rôle essentiel dans le développement du vignoble. Déjà, au XIIème siècle, les vins d'Anjou et de Touraine étaient exportés vers la Bretagne, la Normandie et l'Angleterre. Leur transport fit d'ailleurs la prospérité des marchands d'Angers. C'était l'époque où les Plantagenêts, comtes d'Anjou et rois d'Angleterre, appréciaient fort les vins d'Anjou. Lorsque finalement le palais anglais opta pour les vins de Bordeaux, les Hollandais prirent le relais. Ils établirent sur le fleuve un commerce ininterrompu pendant plus de trois siècles, faisant re monter leurs navires de haute mer jusqu'à Saumur. Partout, des ports et des entrepôts furent construits. C'est à eux que revient également l'extension des vignes blanches en Anjou et dans le pays nantais. Mais ces échanges florissants eurent une fin lorsque Louis XIV déclara la guerre à la Hollande. Le déclin qui suivit fut accentué par l'écra sante fiscalité perçue sur les bateaux char gés de vin. À Ingrandes-sur-Loire, fron tière du duché de Bretagne, on maintint une douane jusqu'en 1789.
Plus à l'est, les vins de l'Orléanais et du Blésois, alors de grande réputation, étaient transportés par chariots vers Paris et les Flandres. Mais la qualité régressa à tel point que le phylloxéra leur porta un coup fatal. La Touraine et l'Anjou, également touchés, s'en sortirent beaucoup mieux, puisqu'à la fin des années trente nombreux furent leurs vins à être inclus dans la première promotion des AOC. Aujourd'hui, les vins de Loire ont atteint un tel prestige que plus personne ne s'étonne de les voir figurer à égalité avec les bordeaux et les bourgognes sur la carte des vins du monde entier. .
TOURAINE
La route des vins de Touraine part de Mesland. Ce village possède des vignobles classés AOC depuis 1939. On y produit du Pineau blanc, du Chardonnay et du Sauvignon.
Votre prochaine étape, en allant vers l'est, sera Vouvray. Le nom de cette ville est devenu mondialement connu grâce à ses vins. Son vignoble est l'un des plus vieux du monde. Il était déjà connu au IVème siècle, à l'époque de Saint Martin de Tours.
A Vouvray, vous traverserez la Loire, et, sur sa rive gauche, vous arriverez à Montlouis. La production de Montlouis qui se situe entre la Loire et Le Cher, est composée uniquement de Pineau blanc.
A Montlouis, prenez vous pour un roi, en allant séjourner au château de La Bourdaisière. Ce magnifique château abrita les amours de François 1er et de Henri IV.
En continuant sur la rive gauche de la Loire, vous arriverez au château d'Azay le Rideau. Cette commune abrite la production du rosé de grolleau, et ses vignobles sont classés AOC.
Votre route traversera ensuite les vignes pour vous conduire à Bourgueil et Saint Nicolas de Bourgueil.
Les vignobles ont été plantés autour de l'abbaye de Bourgueil qui a donné son nom à l'ensemble des terroirs avoisinants. Ils donnent tous les deux des vins rouges de cabernet franc.
Vous terminerez votre périple de Touraine dans la vieille ville de Chinon dont le vin était le préféré de Rabelais.
Vous êtes au porte de l'Anjou qui recèle d'autres merveilleux trésors viticole.
«Jardin de France, c'est Touraine», aimait à dire Rabelais, qui naquit non loin de Chinon au logis de la Devinière. Dans ce jardin, où s'édifièrent de somptueux châteaux, prospère l'un des plus attachants vignobles de France. Deux départements forment la Touraine viticole. À l'ouest, l'Indre-et-Loire, qui concentre les grands crus, affiche par un hasard extraordinaire la forme d'une feuille de vigne. Plus à l'est, le Loir-et-Cher se réserve le domaine des appellations régionales.
Sujet permanent d'étonnement, la vigne est infiniment discrète. Il faut savoir gravir les collines, passer les hautes falaises de tuffeau qui bordent la Loire pour surpren dre les villages viticoles et leurs vignobles. Jamais le chenin n'a autant exulté sur des sols, mélange de sable siliceux, d'argile et de calcaire, ce fameux "aubuis" qui apporte à la Touraine les grands vins blancs secs et liquoreux de Vouvray et de Montlouis. Ici, sur les bords de la Loire, le breton (cabemet franc) est chez lui comme en Aquitaine. En marge du Saumurois, il offre une superbe déclinaison de vins rouges à la robe intense et aux arômes de fruits rouges.
Si cinq crus représentent les plus beaux fleurons du vignoble tourangeau, reconnus AOC dès 1936, n'oublions pas les appellations plus récentes : Touraine-Amboise, Touraine-Mesland, Touraine-Azay-le-Rideau. La Touraine compte 10000 ha d'appellations comprenant neuf AOC pour une production de 600 000 hl. Maintenant, laissez-vous emporter sur la route touristique des vignobles Touraine-Val de Loire ouverte en 1997: 800 km de découvertes et de surprises!
TOURAINE AOC
L'aire d'appellation couvre l'ensemble de la Touraine, soit l'équivalent en surface plantée de 5 000 ha pour une production de 250 000 hl. Il va de soi que l'appellation Touraine englobe les autres appellations tourangelles; mais son secteur de prédilection se situe entre l'Indre et la Loire, d'Amboise à la Sologne et le long du Cher, de Bléré à Saint-Aignan. Si la Touraine se targue d'avoir su acclimater bon nombre de cépages, à défaut de les avoir engendrés (chenin, pineau d'Aunis, grolleau), elle nous offre également une im pressionnante production de pur gamay:
ces gamays de Touraine légers, fruités et alertes, bousculés dès le troisième jeudi de novembre par l'arrivée massive des gamays "primeur". Malgré cela, les Tourangeaux reviennent à l'ancienne pratique du mélange de cépa ges, seul capable de procurer des vins suf fisamment tanniques et charpentés pour bien vieillir. Il s'agit de la fameuse trilogie gamay (50 %), cabernet franc (30 %) et cot (20 %) baptisée "Touraine Tradition", une spécialité des vignerons des bords du Cher, entre Saint-Georges et Saint-Aignan. Mais également, quelle persévérance dans la qualité!
Une poignée de viticulteurs, à Thésée, Couffi, Seigy, etc. ont su produire sur des terrains argileux à cosse (gros silex) de ces rives escarpées du Cher d'excellents caber nets et des cots à la robe sombre et au bou quet intense. Ici la récolte se fait encore à la main, de la manière la plus traditionnelle.
Quant aux vins blancs, on constate la désaffection du chenin face à un sauvignon triomphant qui demeure le vin de cépage le plus important des appellations touran gelles. Enfin, l'AOC Touraine n'échappe pas à la vague des effervescents, y consacrant une bonne partie de sa production.
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