Ussé surplombe l'Indre. Il est construit à mi-coteau,
sur le flanc sud de la vallée. Sa silhouette découpée évoque un château de conte de fée et aurait inspiré Charles Perrault pour le décor
de la Belle au bois dormant.
Il est situé à la lisière de la forêt de Chinon. Cet écrin de verdure le met particulièrement en valeur.
Ussé se trouve sur la commune de Rigny-Ussé, petite ville située à une dizaine de kilomètres au nord du château de Chinon. La route qui y
mène traverse le village d' Huismes. Vers l'ouest, au bord de l'Indre se trouve le château d' Azay le Rideau et au bord de la Loire celui
de Langeais. Tout deux ne sont distants que d' une douzaine de kilomètres.
La seigneurie et les terres d'Ussé où existe déjà un château médiéval, deviennent la propriété, au XVème siècle, de la famille de Bueil, une
famille qui s' est particulièrement illustrée durant la guerre de Cent Ans. C'est Antoine de Bueil qui entreprend la reconstruction du château
dans les années 1460. Seigneur d' Ussé en 1456, il épouse en 1462 Jeanne
de Valois, fille de Charles VII et d'Agnès Sorel. La demi-soeur de Louis XI, lui apporte en dot 40000 écus d'or.
Malgré cette somme considérable. Antoine de Bueil, très endetté, vend en 1485 son domaine d'Ussé à Jacques d'Espinay. Celui-ci, d'origine
bretonne, est le fils du chambellan de François II de Bretagne. Jacques d'Espinay exerce lui-même la fonction de chambellan auprès de Charles
VIII puis de Louis XII, et il accède à celle de grand maître de l'hôtel de la reine. Il poursuit les travaux du château et, en 1521, il fonde
la collégiale d'Ussé, destinée à servir de chapelle funéraire pour sa famille.
Après sa mort, son fils Charles et sa belle-fille Lucrèce de Pons poursuivent les travaux. La consécration de la chapelle, dédiée à sainte
Anne, a lieu le 11 août 1538, alors que René a succédé à son père depuis quatre ans comme seigneur d'Ussé.

A son tour très endetté, René
d'Espinay vend le domaine à Suzanne de Bourbon en 1557. Plusieurs propriétaires se succèdent alors. Parmi ceux-ci figure le gendre de Vauban ;
le grand ingénieur fit d'ailleurs à Ussé de nombreux séjours. En 1807 Ussé est acheté par le Duc de Duras et, jusqu'en 1813, c' est la résidence
de la Duchesse de Duras, une amie de l' écrivain Chateaubriand qui a rédigé ici une partie de son grand ouvrage, les Mémoires d' Outre Tombe.
Le domaine appartient aujourd'hui'hui au marquis de Blacas, petit-fils du fondateur du musée égyptien au Louvre.
Le château entrepris par Antoine de Bueil en 1462 est construit à la même époque que Chaumont, le Plessis-Bourré et Langeais.
En forme de quadrilatère (l'aile nord a été détruite au XVIIème siècle), il comporte une tour maîtresse à l'angle sud-ouest qui se
signale par un diamètre plus important. Elle joue le rôle de "donjon" comme à Chaumont et au Plessis-Bourré. Un puissant système de
mâchicoulis porte le chemin de ronde qui, à l'origine, n'était pas couvert. Un étage se situe au dessus du mâchicoulis. Dans le fond
de la cour, Antoine de Bueil fait construire une double galerie, ouverte en portique au rez-de-chaussée et fermée à l'étage, qui assure
une liaison directe entre son logis, à l'ouest, et la chapelle, située dans l'aile est. De la galerie du rez-de-chaussée, il ne reste plus
qu'un arc brisé surbaissé, témoin de la première travée, dans l'angle sud-est : lors des travaux du XVIIème siècle, on a détruit le voûtement
de la galerie et aménagé des appartements dans l'espace récupéré.
On ne sait rien du logis d'Antoine de Bueil, installé dans l'aile ouest, et reconstruit par Jacques d'Espinay. Des transformations ont
modifié ce logis Renaissance, sans doute élevé vers 1515-1525. On peut imaginer un corps de bâtiment encadré de deux escaliers en vis aux
extrémités. Au XVIIème siècle. Quand on a démoli l'aile nord pour dégager la vue, on a construit, dans un style "néo Renaissance", la
cinquième travée du logis, située à l'extrémité nord,. On a également supprimé les deux escaliers en vis et construit un nouvel escalier
dans l'angle sud-ouest. L'agrandissement des baies a achevé de modifier la façade. A la fin du XVIIème siècle, le pavillon Vauban est venu
s'ajouter à l'ensemble au nord-ouest du logis.
La chapelle collégiale, isolée dans le parc, est un monument de la plus pure Renaissance. Elle est restée dans son aspect originel et n'a
pas subi les transformations successives du château, hormis l'adjonction, au XVIIème siècle, d'une chapelle latérale. Les initiales C et L
que l'on retrouve ailleurs, et qui constituent un des éléments de la décoration, sont celles des prénoms de Charles d'Espinay, constructeur
de la chapelle, et de sa femme, Lucrèce de Pons. Elle offre encore un magnifique exemple de construction de style gothique à décor Renaissance.
C'est le mélange de style caractéristique du début du XVIème siècle. Si les motifs sont italiens, l'interprétation est toute française, comme
en témoignent les rinceaux au feuillage grêle qui s'enroulent en boucles délicates, les candélabres légers dont la structure griffe à peine la
pierre ou encore les denticules larges et espacés comme des palets, surmontés d'oves arrondis en perles. La façade occidentale est la plus
remarquable. A l'intérieur, le choeur s'orne d'une belle clé pendante et de stalles magnifiques. Une tapisserie d'Aubusson retrace l'histoire
de Jeanne d'Arc. Dans la petite chapelle Sud, aux voûtes d'ogives, se trouve une jolie Vierge en faïence émaillée, de Luca della Rohia.