Château de Loches

loches

Patrie d’Alfred de Vigny , Loches s’élève sur les rives de l’Indre. La partie centrale de la ville a conservé son aspect du Moyen Age : une  » cité  » fortifiée réduite à deux de ses trois enceintes primitives couronne la ville. Son intérêt historique, militaire et archéologique est de premier ordre.

Un peu d’histoire.

Loches apparaît dans l’histoire au milieu du Ve siècle avec l’édification d’une église dans le  » vicus  » (bourgade) de « Luccas  » par l’Évêque Eustache de Tours. Ces faits sont relatés par l’Évêque Grégoire, l’un de ses successeurs, dans son « Histoire des Francs ». En 742, les Maires du Palais, Carloman et Pépin (futur roi des Francs de 751 à 768 et connût sous le nom de Pépin le Bref) livrèrent bataille contre Humbold, Duc des Aquitains et s’emparèrent de Loches. « Luccas » était désormais désigné par le terme de « castrum » (château).
Les querelles incessantes qui opposèrent les comtes de Blois aux comtes d’Anjou dès le début du Xe siècle, furent à l’origine de l’essor du château de Loches qui joua désormais un rôle prépondérant dans cette lutte de pouvoir. L’angevin Geoffroi Grisegonelle rebâtit une nouvelle église à la fin du Xe siècle, tandis que son fils le turbulent Baron Foulques III Nerra (987-1040) fit construire entre 1013 et 1035 l’énorme donjon quadrangulaire toujours visible de nos jours. Ce donjon faisait partie d’un réseau de fortifications encerclant la ville de Tours, objet de toutes ses convoitises. C’est son fils, Geoffroi II Martel (1040-1060), qui mena à terme l’ouvre paternelle : la Touraine devint angevine en 1044.

Loches, Une prison d’État.

Richard_Coeur_de_Lion.jpgQuand, avec Henri II Plantagenêt, les seigneurs d’Anjou montent sur le trône d’Angleterre, les défenses du château sont encore développées. Après la mort de Henri II, pendant que Richard Cœur de Lion, à son retour de croisade, est retenu prisonnier en Autriche, Philippe Auguste intrigue avec Jean sans Terre, le frère de Richard, et se fait donner Loches. Dès qu’il est libéré, l’impétueux Cœur de Lion accourt : le château est enlevé par surprise en trois heures. Cette opération militaire, presque magique, a longtemps défrayé les chroniques. Dix ans après, en 1205, Philippe Auguste prend sa revanche, mais avec moins de brio : le siège dure un an. Loches est désormais prison d’État et les rois s’efforcent de la rendre inexpugnable.
Loches ne quitta plus la couronne de France. La cité et son château demeurèrent aux mains des Valois, et cela même aux heures les plus sombres de la Guerre de Cent Ans. Le Dauphin Charles (futur Charles VII) en fit l’une de ses résidences préférées avec Chinon. Il y poursuivit l’aménagement d’un logis sans doute commencé sous Charles V. Après la victoire d’Orléans, c’est là que la Pucelle vint une nouvelle fois tancer l’indécis Roi de Bourges pour aller se faire sacrer à Reims.

Agnès Sorel.

agnes.jpgAu XVe siècle, un sourire vient égayer la sombre histoire du château. Agnès Sorel, la « Dame de Beauté », favorite de Charles VII, vient habiter Loches. Elle abandonne la cour de Chinon, où le Dauphin (futur Louis XI) lui a créé mille difficultés et s’est même laissé aller à quelque « promptitude » -cet euphémisme désignant un soufflet.
C’est parmi les demoiselles d’honneur de la reine que le roi l’a distinguée, il en restera toujours épris. Couple assez mal assorti Agnès ravissante, roi de pauvre mine. La favorite,  » piteuse envers toutes gens « , aura une grande action sur Charles VII. Ses conseils seront souvent heureux, mais son goût du faste, que corrige une grande bienfaisance, pèsera lourdement sur les maigres finances du royaume.
Pour être enterrée dans la collégiale, Agnès Sorel a comblé de largesses le Chapitre. Après sa mort, les chanoines s’avisent que la présence, dans le saint lieu, d’une pécheresse notoire manque d’édification, Ils demandent à Louis XI qu’on transporte les restes au château. Le vieux renard accepte, mais à la condition que les donations suivent le même chemin. Les scrupules du Chapitre s’envolent.

Les cages de Louis XI (fin du XVe siècle).

cage.jpgEn visitant le donjon, vous pourrez voir des cachots et des cellules grillagées, et des répliques des cages que Louis XI affectionnait pour ses prisonniers. Elles étaient faites d’un treillis de bois couvert de fer. Les plus confortables mesuraient 2 m sur toutes les faces. Mais il y avait un modèle plus aplati, d’un raffinement féroce, où le détenu ne pouvait se tenir que couché ou assis. D’après la légende, le prisonnier n’en sortait jamais. Il semble cependant que les cages servaient surtout la nuit, ou pour le transport des prisonniers. Un raffinement supplémentaire consistait à suspendre les cages à la voûte du cachot. Ces « monuments de la tyrannie » furent détruits en 1790 par les habitants de Loches.

Tour Agnes Sorel.

Connue dès le XVe siècle sous le nom de « tour de la Belle-Agnès « , elle a abrité, de 1809 à 1970, le tombeau d’Agnès Sorel.

Logis Royaux.

logis.jpgDe la terrasse où vous admirerez la belle vue sur Loches et la vallée de l’Indre, on remarque que l’édifice comprend deux parties bâties à des époques différentes. La plus ancienne et la plus haute accuse le besoin de sécurité des châteaux forts : quatre tourelles sont engagées dans le mur et un chemin de ronde les relie, à la base du toit. Ce vieux logis a été prolongé sous Charles VIII et Louis XII par une demeure d’agrément: le Nouveau Logis, en qui se manifestent les goûts de la Renaissance.
Au 1er étage du Nouveau Logis. On voit le petit oratoire d’Anne de Bretagne, finement ouvragé, décoré de l’hermine bretonne et de la cordelière de Saint François le dais faisant face à l’autel abritait le siège royal et seule la porte à droite de l’autel existait.
Dans la 2ème salle, on remarque un très intéressant triptyque de l’école de Jean Fouquet (XVe s.), provenant de l’église St Antoine: Crucifixion, Portement de Croix, Déposition.
Le gisant d’Agnès Sorel, qui était placé dans la salle dite de Charles VIII, a été transféré à la Collégiale St Ours. Pendant la Révolution, des soldats des bataillons de l’Indre, dont les connaissances historiques n’étaient pas à la hauteur de leur zèle révolutionnaire, prirent la favorite pour une sainte, tailladèrent sa statue, profanèrent son tombeau et dispersèrent ses restes.
sallejeanne.jpgLe monument d’albâtre fut restauré à Paris sous le Premier Empire puis en 1970 à l’occasion de son transfert dans le Nouveau Logis. Agnès est gisante la tête soutenue par deux anges. Dans la même salle, vous admirerez un portrait de « la Damoyselle de Beauté ».
Dans le Vieux Logis qui fait suite, vous visiterez la grande salle à la vaste cheminée où les 3 et 5 juin 1429, Jeanne d’Arc vint presser Charles VII de se rendre à Reims. Elle était accompagnée de Rohert Le Masson, Dunois et Gilles de Rais, Les murs sont ornés de « verdures » du XVIIe siècle.
Dans la dernière salle, dite chambre de retrait de Charles VII, sont exposées la copie du manuscrit du procès de Jeanne d’Arc (1431) et une tapisserie du XVIème siècle, la Musica.

Le donjon.

Interieur_donjon_aujourd.jpgIl forme avec ses annexes, la tour ronde et le Martelet, un imposant ensemble fortifié.
La cité de Loches, vulnérable au Sud, devait, pour se défendre, élever à la fin du XIe siècle (voir plus haut), un puissant donjon soutenu par des contreforts demi cylindriques.
À l’extérieur du donjon des trous de boulins marquent encore l’emplacement des hourds ; à gauche de l’entrée, dans le cachot de Philippe de Commines, on peut voir un carcan de 16 kg.
Les planchers des trois étages ont disparu mais on voit encore sur les murailles trois séries de cheminées qui permettent de les reconstituer par l’imagination. Du haut du donjon auquel vous accéderez par un long escalier, vous aurez la récompense d’une superbe vue.

La Tour ronde.

tour.jpgConstruite au XVe siècle, comme le Martelet, pour compléter les fortifications de ce point où se rejoignaient l’enceinte générale du château, celle du donjon et celle de la ville.
Cette tour ronde, dite tour de Louis XI, comprend quatre salles superposées. Au-dessous de la salle de la Question se trouve un cachot voûté où aurait été enfermé le cardinal La Balue. Fils d’un tailleur poitevin, il entra dans les ordres et devint un des conseillers de Louis XI. Il trahit son maître au profit de Charles le Téméraire et fut démasqué. La légende veut qu’il soit demeuré onze ans enfermé dans l’une des « cages » de Loches dont on lui attribue l’invention.

Le Martelet.

IMG_0168.jpgC’est dans cette construction constituée essentiellement par plusieurs étages de souterrains que se trouvent les cachots les plus impressionnants. Le premier est celui de Ludovic le More, Duc de Milan, fait prisonnier par Louis XII. Il expia pendant huit ans, à Loches, ses roueries et ses traîtrises. Le jour de sa libération, la lumière du soleil fut trop vive, la liberté recouvrée trop grisante et il mourut sur place. Ludovic, qui fut le protecteur de Léonard de Vinci, a couvert son cachot de peintures et d’inscriptions. Àcôté d’étoiles, de couleuvrines et de heaumes, on relève ces mots qui, en un pareil lieu, ne surprendront personne: « celui qui n’est pas contan « .
Au-dessous se trouve, éclairé par un rai de lumière, le cachot où les évêques d’Autun et du Puy, compromis dans la rébellion du connétable de Bourbon, eurent tout loisir de creuser dans la muraille un petit autel et un chemin de croix symbolique. Ici fut également enfermé un de leurs complices, le comte de St-Vallier, père de Diane de Poitiers. Condamné à mort, il fut gracié sur l’intervention de sa fille et en reçut l’avis sur l’échafaud même.
Autour des cachots s’ouvrent d’anciennes galeries souterraines de carrières au XIIIe siècle elles desservaient les caponnières, petits ouvrages fortifiés qui flanquaient les remparts.

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